Léa in the sky

Le blog des merveilles

14 juin 2009

Epistolaire II


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La suite


C'est Maria. Etonnant que je lui aies donné ce nom là. Maria va venir, de Rome, pour s'occuper du jardin. Le jardin est immense. C'est un peu la première fois que je commence un projet sans l'abandonner. Maria est belle. Elle aime le vin et le rouge à lèvres, et dormir avec moi. J'ai fini par repeindre la cheminée en vert, comme tu n'es pas venue. Le Safari n'existe plus, ils ont installé une bijouterie à la place. [...]

Je prépare mon départ vers Corner Street. Le coin de la rue. La maison est carrée en briques rouges, elles sont toutes comme ça là-bas. On a installé le studio d'enregistrement au sous-sol. Le jardin me manquera, mais Maria m'enverra des photos. J'espère qu'ils s'occupent bien de toi dans ton école. Viens me voir dès que tu peux, on s'amusera à reconnaitre les oiseaux en fermant les yeux. Et puis j'ai essayé le violon, mais toute seule je n'y arrive pas vraiment.

Je t'embrasse.

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01 mars 2009

Les mots ne sont beaux que par leur mystère

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Tsaong tsaong tsaong


Le crissement des insectes alourdit l'atmosphère
Du paysage

Les feuilles de canne à sucre découpent les nuages noirs

I am a warrior, I am a warrior, fighting for peace

La voiture roule, file, glisse
Le long de la grande sucrière de Saint Louis
A gauche

Hey fatty Boom Boom. HeyHey fatty Boom Boom

Et à droite, ça cogne. Ca valse
L'écume blanche de l'Océan indien

Le faux bruit de mouette

Raise your hands if you want to jump eh! Shake your body if you want to dance

Et l'odeur de sucre et le parfum de sel
De chaque côté

Tsaong Tasong tasong...

Pique le fin fond de nos cinq pensées
Qui se sont paumées,
Dans ce tableau faux réel

She don't wanna give me freedom, she don't wanna give me love

Comme un long rituel de beauté
Qui nous aide pour grandir

Ou une parenthèse gribouillée
Qui vaguement me fera revenir

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11 janvier 2009

Winter songs

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Dans ces jardins

Le bleu du monde te sourit et te dit de tomber

 

Dans ces jardins,

Il y a un siège vert. Enfin on a cru qu'il était vert

Loin de l'école, de tes talons et de ton bureau

Tu dois grimper, t'asseoir en haut

 

Dans le fauteuil tu peux tourner.

Enfin tu crois que ça tourne

C'est un fauteuil de ville.

Londres te donnera à boire, de la bière blanche

Tu dormiras sous un drapeau

 

Si ça tourne jusqu'à Bruxelles,

Alors ça sentira bon

Basilic et recettes africaines

 

Attention à Montmarte, le cliché

tu peux peindre au milieu des arbres

et entendre les gitanes chanter



A côté de moi, un garçon chante et prie. Pour la Palestine.

Sa vieille guitare à la main, il pleure. Et on sent la colère.

A côté de moi,il compte les morts, me parle de "ses frères".

Le soir, qui vont dormir, sans savoir si ils se réveilleront.



Alors, pour ne plus y penser,

Allumer un pétard, deux, trois

Prendre un bout de papier

Gribouiller des mots, qui n'ont aucun sens.

Comme ça, vous savez doù ils viennent.


Portsmouth, 7/01/09



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16 août 2008

Epistolaire



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Comme toujours, rêve éveillé

Je voulais juste te le raconter, tu sais. Les poutres comme on aime. Je ne sais plus comment tu t'appelais la dernière fois. Tula, du livre, ou Amélie. Johanna aussi, Lisa. Leîla et sa robe rose et blanche, et son visage de comptine. Lucie! Bien sûr. Elle aussi, boucles d'or.

Enfin.Je voulais juste te raconter cet endroit. C'est blanc crème. Avec les vieilles poutres et le parquet qui craque. On est sous les toits, mais c'est quand même grand avec une cheminée. J'aimerais bien la peindre, tu m'aideras à choisir la couleur. De toute façon, on ne peut plus s'en servir.
[...]

J'ai mis un paravent pas loin. En trompe l'oeil avec des photos dedans. Plutôt des images.Il y a le tableau qui me rappelle Venise. Ou Bécassine. Tu sais, la nuit étoilée, la rue, la terrasse d'un café, les lampadaires, les chapeaux. Orange et bleu. J'ai mis beaucoup de plantes. En bas, il y a un salon de thé rose, Le Safari. Je crois que c'est un mot kenyan qui veut dire voyage.

Il y a beaucoup de livres. Je ne les ai pas tous lus. Je change souvent tout de place. Après je prend tout en photo. Je commence à ne plus savoir quoi faire. [...]
Une fois qu'on a bien soigné le cadre de sa vie, comme une obsession, il faut remplir. Comme quand on coloriait entre les lignes des marches du perron, à la craie.

J'ai hâte que tu viennes. Tu verras les gens et leur accent pimenté. Tu sentiras le parfum du canfre que j'ai fait pousser près de la fenêtre. J'éspère que tu m'apprendras le violon.

J'ai beaucoup marché aujourd'hui, juste pour ça. Je t'ai acheté un beau cahier.

                            Je t'embrasse, à bientôt ma douce.   


Poitiers, 15 août 2008, rebord de la jolie boutique de mariage

Image: Vincent Van Gogh, Terrasse de café la nuit

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08 août 2008

Flottement

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"         - Lisbeï de Béthély-Callenbasch, notre fille et notre soeur en Elli, dit la Capte d'une voix distante, sans regarder Lisbeï, sois la bienvenue parmi nous. »
        Quand Lisbeï quitte le bureau de la Capte, elle porte les marques de ses Lignées, le triangle bleu aux lignes jaunes ondulées qui est celle de Béthély, les deux petites étoiles noires en biais dans le carré rouge    qui est celle de Callenbasch. La vieille Bleue a menti ou elle ne se rappelle plus, depuis le temps : ça fait mal.         Mais Lisbeï n'a pas crié, pas gémi. Tout le temps qu'a duré le tatouage, elle a regardé droit  devant elle. La Capte est restée debout tout au long de l'opération, les bras croisés, et Lisbeï a regardé le ventre de la Capte, invisible dans les plis de la longue robe rouge. Le ventre où a poussé Tula. Beaucoup plus tard, elle réalisera que lors de cette première rencontre, Selva ne lui a jamais dit qu'elle était sa mère à elle aussi."

Elisabeth Vonarburg, Chroniques du Pays des Mères, 1992


A lire, pour ceux qui aiment la science-fiction et qui veulent en découvrir une nouvelle forme.

Obligatoire pour ceux qui n'aiment pas la science-fiction qui vont encore plus adorer.

Pour les historiens, géologues, philosophes, femmes et hommes et adolescents.

 


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22 juin 2008

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Sans titre

Haletante, elle s'allonge sur le côté. Les yeux grands ouverts. Le coeur qui bat.

" - Tu veux de l'eau?
- Jveubienmerci "

Elle lui tend la bouteille et observe du coin de l'oeil son visage dur et attachant. Puis elle se force à regarder ailleurs. Il n'existe rien de pire que l'indifférence.
Elle enfile un pull, se lève et marche vers la fenêtre, très lentement. Elle l'ouvre, ferme les yeux et se laisse caresser par l'air frais de la nuit, elle emplit ses narines de l'odeur des plantes du parc, plus loin dans la rue.
Elle ouvre les yeux et commence à chanter, fort et lentement.

" Lune, qui là-haut s'allume, sur , les toits de Paris..."

Elle continue de chanter ainsi, sans s'arêter, elle se saoule avec sa propre voix, cassée à force de jouir, mais pourtant belle et vivante.
Elle est seule devant la lune, seule dans cette pièce, dans cette maison, dans la ville.
Elle laisse tout son corps et son âme profiter de cet instant, ici et maintenant.
Pourtant elle sent une présence l'empêcher d'aller au plus profond de la plénitude. Elle se retourne et constate le corps d'homme allongé sous la couette.

Ce n'est pas juste.

Elle se déshabille encore, et se jette sur le lit. Pour qui se prend il. Je ne te laisse pas le choix, se dit elle. Elle grimpe sur lui, attrape son sexe et l'enfonce en elle durement, d'un seul coup. Elle fixe le mur en face d'elle et imagine qu'elle y grave ses propres mots. Le sexe n'est rien qu'un rapport de force et une bataille et un corps à corps et un purgatoire et une vengeance et un lâcher prise artificiel transformé en possession d'un être, la preuve, tu ne fais rien, tu bouges à peine, te laisse faire, pauvre idiot, pense-t-elle, tu es un objet pour me satisfaire, pour m'aider à avoir ce rapport masturbatoire avec moi-même.
Après avoir joui, les muscles crispés, des larmes plein les yeux, elle s'enroule dans la couette et se lève à nouveau, en le laissant planté là, à poil dans le froid dans ce lit immense.
Elle cherche ses affaires, roule un joint, l'allume et observe la ville.

Elle n'a aucun mal à voir autre chose que ce qui se déroule dans les rues en bas.
Les pyramides d'Egypte. Le sable brûlant.
Vienne au 18ème siècle. Opéra. Belles robes pourpres.
Londres sous la neige. Air glacial. Odeur de sapin. Douze coups de minuits.
Marseille en été. Le vent qui purifie. Des bruits de cigales. Une plage et un cerf volant vert qui zig-zague entre les nuages.

Au fur et à mesure que la fumée de l'herbe emplit ses poumons les images se dessinent dans sa tête. Ou plutôt devant elle, à la place de la ville. De plus en plus nettement.
Elle sait qu'il la regarde en silence. Peut être qu'il envie sa capacité à rêver éveillée. Sûrement pas.

Poitiers, automne 2007

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Laure -1-

Laure est un ange.

C'est ce qu'elle imagine, la nuit, quand elle va s'asseoir sur le toit de l'immeuble. A Paris, personne ne dort jamais complètement. Au loin elle les voit, ces gens de la nuit, les SDF qui ont froid, les lumières blanches et rouges des automobilistes, les jeunes fêtards, les putes, les amoureux. Laure aime tous ces gens là. Elle veille sur eux, les observe, envoie son amour dans chaque recoin de leur être. Parce que Laure en est pleine, d'amour. C'est un être précieux, Laure. Comme l'or, Laure doit signifier richesse et protection. C'est comme ça, que, la nuit, quand la lune éclaire Paris, elle s'asseoit calmement sur le toit de son grand immeuble rue des Minimes, et la vie des autres lui appartient quelques instants.

Laure est un ange.

Cognac, jardin public, été 2007

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Laure -2-

Laure a 20 ans. Elle aime cet âge parce qu'il est comme son siècle, plein d'horreurs et d'espoir nouveau. Elle a choisi la vie à Paris pour ne pas s'ennuyer. Il y a plus de gens à aimer ici, elle s'est dit. Et les toits sont plus hauts, pour se rapprocher du ciel.
Laure aime bien se souvenir de son passé le soir, quand elle observe les gens.
Il y a 4 ans, dans le village de ses prents, à Moorea, elle avait rencontré Raphaël. Elle était en train d'écouter la radio sur la plage avec ses copains. Ils se sentaient loin, tous, de ce monde coupé en deux, des émeutes et de ce vieux crouton patriote dont on n'aimait que le nom. Elle s'en foutait un peu, Laure, de tout ça. Elle cherchait l'amour. Comme toute jeune fille de son âge, sans doute.
Et puis Raphaël est arrivé. Le garçon au nom d'ange. Avec ses mains pleines de promesses, sa peau brillante, ses cheveux de feu et ses jambes de statue, il est venu à elle.

A Moorea, c'est facile de trouver du plaisir. Le chant des vagues, les rayons blancs du soleil, l'odeur des frangipaniers, les cocktails au rhum, le sable brûlant et les forêts sombres. Mais avec Raphaël, Laure a appris que tout ça c'était mieux à deux.

Raphaël était un ange. Il regardait droit dans ses yeux et il pouvait voir les rêves qui grouillaient dans ses tripes, les envies qui valsaient dans sa poitrine, la beauté qui émanait de son intérieur.
Quand il lui faisait l'amour, il faisait jaillir le cri de leurs âmes luisantes d'espoir et de liberté en même temps qu'il hurlait son nom. L'or.
Il ne baisait pas seulement sa chair tremblante, il baisait leurs doutes, leurs peurs et leurs idéaux.
[...]
Depuis que Raphaël est parti, Laure n'a plus qu'à distribuer au monde le reste d'amour qu'elle n'a pas eu le temps de lui donner.

Cognac, jardin public, été 2007

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La mer me baise

Il y avait la terre. Parfois rouge et sèche comme si on y avait mis le feu. D'autres fois, elle était verte et tendre. Il y avait le sable; souvent noir et brûlant, le volcan qui crachait de la lave bouillante qui descendait jusqu'à la mer et la faisait bouillir, exploser, fumer. Il y avait le vent. Aucun vent n'est aussi parfait que celui qui vient danser et glisser au milieu des aiguilles des filaos. Il y avait le rhum, la bière dodo, le marché de Saint Pierre plein de couleurs et d'odeurs, d'épices, d'encens, de scs africains et de poules enfermées. Il y avait les cirques, auxquels on ne peut parfois accéder qu'à pied où en hélico, ou les gens qui vivent sur une île de 45km de large n'ont parfois jamais vu la mer. Il y avait les oiseaux, les couples de pailles en queue qui planaient, ou les béliers qui se battaient dans leurs nids, dans cette forêt sèche qui menait à l'Etang Salé.
Il y avait les habitants, et leurs mots bizarres, letchi pour litchi, endormi pour caméléon, moin l'a faim pour j'ai faim, mi aime a ou cafrine pour je t'aime chérie, cent pied pour mille patte . Il y avait la musique, les rythmes entrainants du maloya, du saga, ou des djembés. Il y avait les mosquées multicolores, les grandes Eglises, les temples protestants, chinois, hindous, tous le long d'une même rue. Il y avait la nourriture, les rougails, carrys, les chouchous, les brèdes de toutes sortes.
Il y avait les poissons multicolores, les margouillats, les babouk, les moustiques. Il y avait les odeurs, de vetyver, de citronnelle, de géranium, de sel.

C'est là bas. Dans cette petite Terre isolée et tellement riche. C'est là bas. Que j'ai dû oublier un bout de mon âme. Peut être que j'avais voulu le laisser à mon père, et qu'il a oublié de me le ramener. C'est là bas. Assise sur un balcon, à minuit, caramélisée par le soleil de toute une journée, que j'ai pris ma première cuite. Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'avais juste un pauvre t shirt pour dormir, je n'osais pas me déshabiller en entier à cause de la voisine en dessous. Je me suis allongée. J'ai laissé les centaines de moustiques venir engloutir tranquillement mon sang, au point où j'en étais avec eux ce n'était pas grave. Je me suis allongée, presque nue sur le balcon. J'ai respiré à plein poumons. Odeur d'encens indien. D'huiles essentielles de lavande, géranium et citronnelle. Odeur d'Océan Indien. D'iode. Odeur chargée de messages venus d'on ne sait où, odeur très salée, et forte et piquante comme celle des plantes qui m'entouraient.
J'ai essayé de faire rentrer dans mes tympans le plus de bruit que je pouvais. Qu'y a t il de plus jouissif et fatigant que de concentrer sur le bruit des vagues qui vont et vinnent toujours de la même manière, sur celui du vent qui souffle si fort et avec un bruit si régulier qu'on en devient fou. J'ai ouvert mes yeux, d'un seul coup. Au loin, 10 kilomètres plus bas, je voyais ces minuscules vagues, qui en réalité devaient bien mesurer plusieurs mètres. Devant mes yeux. Juste devant mais pourtant si loin. S'étalait l'Océan. D'un seul coup, cet énorme et terrifiant Océan Indien, qu'on devinait à peine dans le noir, s'est mis à vivre.

Et je me relève, titubante, et je continue de faire danser autour de mon cerveau flottant ces centaines d'odeurs et ces centaines de bruits, et je me met bien debout, et je regarde cet Océan qu'on devine à peine dans le noir, immense, je le regarde, j'écarquille les yeux, comme une voyeuse, je veux pas qu'il m'échappe, il peut pas m'échapper, c'est lui qui me cherche, je comprned plus rien à mes sens. J'ai toujours la tête qui tourne, le vent la mer le vent merde qu'est ce qui se passe le vent m'emporte dans le noir, j'ai peur mais je ne sens rien, le bruit des vagues est tellement proche que j'ai l'impression qu'elles vont m'engloutir.

Poitiers, été 2007

Posté par leainthesky à 22:12 - Merveilles écrites - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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